« Panama papers » : les patrons de club de foot français jonglent avec les sociétés offshore

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 Les révélations des « Panama papers » révèlent les sociétés offshores de plusieurs patrons du football français, de Waldemar Kita et son FC Nantes à Dmitri Rybolovlev et son AS Monaco.

Par Yann Bouchez

Waldemar Kita, président du FC Nantes, au stade la Beaujoire, le 3 avril.Waldemar Kita, président du FC Nantes, au stade la Beaujoire, le 3 avril. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

« JE VAIS DIRE UNE GÉNÉRALITÉ. RIEN N’INTERDIT À QUELQU’UN D’AVOIR UNE SOCIÉTÉ OFFSHORE »

Il est souvent difficile de savoir avec certitude à quelles fins ont été créées ces structures, rarement utilisées dans un objectif de transparence. Une chose est sûre : plusieurs patrons de clubs de football français leur trouvent un intérêt certain, à l’instar de Corinne Vollet-Limido, propriétaire de l’AJ Auxerre, pensionnaire de Ligue 2. Son nom apparaît lié à Marron Investments Associates SA, sur laquelle elle possède depuis mai 2006 une procuration. Le 17 mai 2006, cette société a ouvert un compte à la Fortis Banque (devenue BGL BNP Paribas), au Luxembourg. Jusqu’en 2011, Centuria Capital Luxembourg, une société d’investissement qui représentait 4 milliards d’euros en 2014, était le client de Marron Investments Associates SA. Fondée par son mari, Emmanuel Limido – il est mort le 30 mai 2015 après avoir fait fortune dans la banque –, Centuria Capital Luxembourg est le client d’au moins six sociétés offshore apparaissant dans la base de données de Mossack Fonseca. Mme Vollet Limido n’a pas répondu à nos sollicitations. Joint par Le Monde, son avocat, Me Jean-Luc Michaud, également administrateur de l’AJ Auxerre, a estimé qu’il n’avait « rien à dire » sur le sujet.« Je vais simplement dire une généralitéRien n’interdit à quelqu’un d’avoir une société offshore. »

Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert Louis-Dreyfus et propriétaire de l’Olympique de Marseille, au Parc des Princes, à Paris le 7 novembre 2010. GONZALO FUENTES/REUTERS

L’ancien patron de l’Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus, ne s’est pas privé de créer une société offshore. L’homme d’affaires français naturalisé suisse, mort le 4 juillet 2009, apparaît ainsi avec des proches comme coactionnaire d’United in Sports Parallel I GP Limited, créée le 6 novembre 2007, ainsi que de UIS RLD 2 Limited. La date de naissance de cette seconde entité, domiciliée aux îles Vierges britanniques, est intéressante. Elle a été créée le 12 juin 2009, soit moins d’un mois avant le décès de l’ancien patron d’Adidas.

S’agissait-il de soustraire une partie de l’héritage familial au fisc ? Impossible de l’affirmer. Mais c’est un certain Martin Foster, exécuteur testamentaire de « RLD » qui en est devenu l’actionnaire, tandis qu’Ivo Hungerbühler, l’avocat de Margarita Louis-Dreyfus – veuve de RLD et désormais propriétaire de l’OM –, chargé de gérer la question de l’héritage familial, a été désigné directeur de cette société en septembre 2009. Elle a finalement été dissoute en 2013, comme United in Sports Parallel I GP Limited. Ivo Hungerbühler n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

Lire aussi :   « Panama papers » : la mystérieuse société offshore de Michel Platini

Parmi les acteurs du football français, les propriétaires de clubs ne sont pas les seuls à apparaître dans la base de données de MF. Jorge Trezeguet, père et agent du champion du monde 1998 David Trezeguet, figure à la tête de Diamond Vague Limited, une société offshore créée en janvier 2007 et domiciliée aux Seychelles. Depuis décembre 2014, Jorge Trezeguet, lui-même ancien footballeur professionnel et désormais installé à Monaco, où il passe une partie de son temps quand il n’est pas en Argentine, a cédé 50 % des parts de cette société à son épouse, Beatriz. Diamond Vague Limited possède un compte au Crédit foncier de Monaco (CFM). Une banque monégasque privée qui, selon les documents que nous avons pu consulter, a aidé à la création de nombreuses sociétés-écrans pour d’autres clients.

Jorge Trezeguet n’a pas souhaité expliquer à quoi servait Diamond Vague Limited, renvoyant vers le « service juridique » de sa banque, le CFM. Feinte de passe un peu grossière : l’établissement, qui n’allait évidemment pas communiquer sur les comptes de l’un de ses clients, n’a pas répondu à nos sollicitations. De toute façon, conclut M. Trezeguet : « Ce ne sont pas des questions à poser à quelqu’un qui habite tranquillement à Monaco. »

LE MONDE  

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